Actualités — 16 mars 2007
Quel(le) Président(e) pour les homos ?

L’assemblée Nationale et le Sénat viennent de rejeter les 2 amendements du PS visant à aligner la fiscalité des successions des couples pacsés et mariés, l’UMP et l’UDF s’y opposant. Néanmoins, la question du couple gay demeure importante dans le débat présidentiel. Peu avant le premier tour, que proposent les candidats pour l’avancée de nos droits ?

La voie « Royal »

On le sait, Ségolène a joué la girouette concernant la question gay, mais elle est la seule candidate affichant clairement sa nouvelle position. Pour elle, le mariage et l’adoption ne posent aucun problème. S’adressant par courrier à Alexandre Carelle, président d’Homosexualités et Socialisme, le 6 novembre 2006, elle indique que « dans la continuité de la proposition de loi déposée [...] le mariage sera ouvert aux couples de même sexe, réalisant ainsi l’égalité des droits et des devoirs ». Ségolène, l’unique présidentiable devançant l’opinion publique, tel Mitterand et l’abrogation de la peine de mort. Ce qui fait sans doute frémir l’opinion n’est pas tant le mariage que l’adoption. Ségolène, dans la même lettre, maintient : « les homosexuels doivent, comme les hétérosexuels, avoir la possibilité de faire valoir la qualité de leur projet familial dans la cadre de la procédure d’adoption ». Pour les couples de femmes, elle va plus loin, « une réévaluation pourra être opérée dans le cadre de celle qui s’impose régulièrement de la loi de bioéthique ». Autrement dit, les couples de femmes pourront avoir recours à la procréation assistée. Le seul point divergeant concerne la « maternité pour autrui, j’y suis opposée en raison d’un certain nombre de principes ». Tant pis pour les hommes. Tant mieux pour les transsexuels : Ségolène se dit « en faveur d’une dépsychiatrisation » de la question, « il faut travailler à un accompagnement de leur parcours qui en soit respectueux ». Après cette lettre, elle confirme en s’adressant par courrier à l’Inter-LGBT : « les conditions de changement d’état civil pour les personnes transsexuels doivent être améliorées ». N’est-ce pas cela, la bravitude ?

Social démocratie avec Bayrou


François donne de la voix pour se faire entendre des gays. Rappelons qu’à l’époque du PACS, il s’alignait du côté des antis comme Christine Boutin. Ségolène n’est pas la seule à faire la girouette, il change aussi d’opinion. En 2002, dans une interview accordée à Têtu, il protestait en disant : « L’homophobie me révolte et elle révolte mon parti [...] Je n’étais pas favorable à l’adoption du PACS ou un statut équivalent, mais j’ai évolué sur cette question ». Une évolution dans la lignée des positions de la droite. François insiste : « Un mariage engage un homme et une femme. C’est pourquoi je ne suis pas favorable au mariage homosexuel ». On ne change pas une culture qui dure. Il affirme néanmoins son propos le 15 février dernier dan l’émission « A vous de juger » : « Je suis pour une union civile qui permet à des couples homosexuels d’avoir les avantages en terme de transmission ». Il propose donc un PACS amélioré. Concernant le sujet épineux de l’adoption, ses positions restent fermes, il admet « reconnaître le lien entre l’enfant et le deuxième parent ». Il concède que 30.000 enfants vivent déjà parmi des homoparents, alors que le chiffre admis est d’environ 100.000. Le candidat note qu’ « Il y a beaucoup d’hommes et de femmes qui élèvent des enfants après avoir révélé leur homosexualité [...] Je suis pour que dans ce cas-là , on puisse reconnaître le lien entre l’enfant et son deuxième parent ». François propose l’adoption simple, différente de la plénière, afin de créer « un lien d’éducation et pas un lien de filiation ». Une offre vague, qui ne précise pas lequel des deux parents aura ce nouveau droit, et dans quelles circonstances. Une position politique ouverte malgré tout.

Le cheminement de Sarkozy


Souvenons-nous qu’en 2006, Nicolas avait repoussé une rencontre qu’il avait accordée aux associations homosexuelles quelques jours avant la Marche des Fiertés. Il se dit garant de rupture, mais la pression de l’intelligentsia de son parti le pousse dans les retranchements d’une droite qui n’a rien de clivante. Dans une lettre au philosophe Luc Ferry, il avouait que « La force du lien qui peut s’établir entre un couple homosexuel et l’enfant qu’il élève ne sont pas contestables ». Mais « il est nécessaire de sauvegarder les équilibres sur lesquels repose en partie notre société, la cellule familiale hétérosexuelle reconnue et protégée par le mariage et la recherche de l’intérêt de l’enfant ». En bref, il se déclare pour l’amélioration du PACS et contre l’homoparentalité. Le 11 février, son culot le mène dans la célèbre discothèque les ‘Bains Douches’. Il y salue les intervenants d’un débat organisé par la Diagonale (sarkozystes de gauche !?!) et Gaylib (gays affiliés à l’UMP). Le thème étant ‘Tout devient possible, même pour les gays ?’, le candidat y a rappelé sa proposition d’un Contrat d’Union Civique. Puis pour confirmer son ouverture, il explique au Figaro qu’il est « hostile à toute forme de discrimination. Les homosexuels ne doivent pas en subir ». Il a pourtant mis énormément de temps pour enfin lâcher le député clairement homophobe Christian Vanneste. Deux ans après les insultes, Nicolas prend enfin la mesure, dans un entretien parut le 1er février au Figaro : « Il ne sera pas réinvesti aux législatives. [...] Je ne veux ni de près ni de loin être associé à des propos homophobes ». Saluons l’initative. Draguer les gays sans dialoguer avec les interessés, tout est possible.

Les mots doux de Jean-Marie


Le plus vieux des candidats, 78 ans passés, édulcore ses propos, conscient de l’opinion de certains homosexuels extrémistes et selon une tactique garantie surtout par sa fille Marine. Faisons un petit récapitulatif des perles rhétoriques du candidat. Le 11 juin 1984, il crachait : « L’homosexualité conduit à la disparition du monde ». Ensuite, invité sur France Inter le 3 mars 1995, il bavait en parlant des ‘sidaïques’, néologisme de sa composition : « il faut distinguer les victimes innocentes et les malades de la sodomie ». Six mois plus tard et après la mort de Poulet-Dachary (ancien directeur du cabinet de l’ex-maire FN de Toulon Jean-Marie Le Chevalier et homosexuel déclaré), Jean-Marie s’essuyait la bouche d’un coup de torchon : « Il y a peut-être des homosexuels, mais il n’y a pas de folles au FN! Les folles on les envoie se faire voir ailleurs ». Il décrasse dans le même temps son discours « L’homosexualité fait partie de la liberté de chacun, simplement l’homosexualité militante est condamnable ». Concernant le droit à l’adoption et plus récemment (29 mars 2002 dans VSD), il révèle qu’ « Il est étonnant que des personnes qui ont fait un choix de vie marginal, voire antisocial, tiennent tant à pouvoir adopter ‘légalement’ « . Jean-Marie n’est plus seul, assisté de sa fille Marine, il conquiert la presse gay. Celle-ci fût récemment l’interviewée du Pref de février. Dans le débat sur le mariage, Marine ne révolutionne pas le FN : « Derrière cette surenchère de revendications apparaît la volonté de renverser les structures traditionnelles de notre société ». Ne prenons pas ces propos à la légère, pour ne pas faire de la peine à Jean-Marie, souvenons-nous du 21 avril 2002.

Et du côté de l’extrème gauche ?


Pour le plus jeune des révolutionnaires, alias Olivier Besancenot, l’homoparentalité a sa place dans le programme, contrairement au Pacte Présidentiel de Ségolène dans lequel nous constatons un vide. La posture d’Olivier est claire comme de l’eau de roche : « l’homophobie tue et exclut. Homo-hétéro : égalité des droits ». Marie-George Buffet quant à elle, avait apporté son soutien à Noël Mamère et approuvé le mariage homosexuel. Son programme aussi pose par écrit la revendication : « Le droit au mariage et la possibilité de l’adoption doivent être reconnus aux couples homosexuels et à toute personne sans distinction de sexe et de genre ». Notre paysan favori, José Bové, à son avis sur la question. Sur lesite Le Monde.fr, il dit qu’il est « favorable au mariage homosexuel. Il n’y a pas de raison de faire de ségrégation en amour ». Le candidat des maires, Gérard Schivardi est supposé pour le mariage Gay, mais n’a à ce jour pas fait de déclaration sur ce point. Le vilain petit canard de l’extrème gauche se nomme Arlette. Elle est favorable au mariage mais « l’adoption pose plus de problèmes ». Une opinion vague.


Article par Manolo extrait de ‘Nous’ n°14 le magazine gay et friendly du grand sud.

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