
Il a 25 ans, elle en a 27. Comment ils ont découvert leur homosexualité, comment ils la vivent. Tous deux veulent avoir des enfants.
Sophie a toujours l’air pressé. Elle a 28 ans. Jeune, volubile, mignonne, habitant Villemomble, en Seine-Saint-Denis, elle aime se maquiller et a les cheveux longs. Romain, 25 ans, de Paris, est brun avec les cheveux gominés. Il n’a pas sa langue dans sa poche. C’est un battant. A priori, rien ne me sépare d’eux. Sauf notre penchant sexuel : ils sont homos et moi hétéro. Sophie raconte comment elle a découvert son homosexualité : « Chez les lesbiennes, la plupart du temps, il y a deux manières assez redondantes de découvrir son homosexualité : le complexe de la meilleure amie, comme je l’appelle, c’est-à-dire les nanas qui se rendent compte qu’elles sont lesbiennes car elles tombent amoureuses de leur meilleure amie et celles qui tombent amoureuses de leur prof. Moi, j’ai eu des amitiés fusionnelles mais je ne me suis jamais sentie attirée physiquement par une fille. »
En 2005, elle fait pourtant la connaissance d’une fille sur un forum d’animation japonais. « Elle était hétéro, moi, je me posais des questions à cette époque. J’avais l’impression d’avoir trouvé l’amie idéale que je m’imaginais. J’ai passé une semaine d’emblée chez elle, à pas quitter l’appartement, à discuter nuit et jour. Quand on s’est quitté, j’ai eu l’impression qu’on m’enlevait une partie de moi. Ça m’est tombé sur le coin de la figure. Il ne s’était rien passé, vraiment. La seconde fois où on s’est vues, un soir, ça a dérapé, toute la nuit, on s’est découvertes. Au début, elle n’assumait pas du tout. Moi, je me disais que quelque part, c’était la réponse à mes questions. La nuit qu’on a passée ensemble, c’était très bien, très tendre, malgré le fait qu’on soit novices toutes les deux. Cette expérience m’a ouvert les yeux et m’a montré que tout ce que je recherchais jusque-là, c’était vraiment la compréhension féminine… »
Sophie n’a pas mal vécu cette attirance pour le sexe féminin. L’entourage proche de Sophie l’a très bien pris : « Il n’y a eu aucun rejet, aucun regard bizarre, personne ne s’est foutu de moi, rien. Quelques-uns de mes amis m’ont juste demandé si c’était définitif. Personnellement, je le vis très bien. Et plus j’avance, plus j’en suis sûre, je me sens entre guillemets de plus en plus lesbienne. Ce n’est pas une chose que je refoulais mais c’est un peu comme si jusque-là, j’étais asexuée, j’ai eu des relations avec des mecs mais plus pour faire comme tout le monde. Je pense que c’est vraiment irréversible… Si on voit des filles hétéros devenir lesbiennes, on voit très rarement le contraire. C’est finalement quelque chose qui correspond à soi. »
Sophie a eu énormément de chance et elle le sait. Beaucoup de familles veulent croire à une passade. « Beaucoup refusent que leur fille soit lesbienne. On nous dit qu’on n’a pas connu le bon, qu’on a eu un traumatisme, qu’on est tombée sur un mec qui nous a fait du mal ou qu’on a été violée, qu’on n’a pas réglée un problème avec notre père… »
« Les gens ont une vision romancée du couple lesbien, ils croient que les filles ne se font que des caresses. Ils ne s’imaginent pas qu’il puisse y avoir pénétration. Il y a un tabou là-dessus dans la société. Accepter que la femme ait une sexualité. Une femme, elle, fonctionne avec un homme. Dans un couple lesbien, on demande toujours qui fait l’homme. Mais c’est personne. Il y a des gens qui s’imaginent que toutes les lesbiennes utilisent des accessoires mais pas du tout. Il ne faut pas oublier que la majorité des femmes sont clitoridiennes. »
Romain, qui a toujours été homosexuel dans ses souvenirs, a plutôt mal vécu de ne pas comprendre, de ne pas pouvoir mettre des mots sur cette caractéristique. « Il y a 10 ans, il n’y avait pas de référence. Les homos, c’était la Cage aux folles et je ne voulais pas être comme ça. Moi, j’ai des idées politiques et j’avais l’impression que les homos n’en exprimaient aucune. L’émission Mon incroyable fiancé, elle est peut être cliché, mais j’aurais adoré avoir cette référence il y a 10 ans. Ce qu’on se dit entre homos, c’est que les hétéros, ils ont toutes les références qu’ils veulent, donc ils ne se posent pas la question, c’est logique que ce soit normal. Nous, on sait ce que c’est pas normal mais on ne sait pas mettre les mots dessus. Tu cherches qui est comme toi. Au début, je disais que j’étais bi car j’avais aussi de l’attirance pour les filles. A 13 ans, quand j’ai couché avec un garçon, c’est là que j’ai commencé à vraiment réfléchir, à ce que je voulais vraiment, à comprendre et à dire « ok, c’est ça, être homosexuel ». »
Romain a eu aussi de la chance quand il révélé son secret à ses proches. « Mes amis l’ont tous très bien pris. Ils m’ont dit que c’était pas ma seule caractéristique. J’ai beaucoup apprécié. De toute façon, je ne veux pas me définir par rapport à ça. Mon père et ma sœur m’ont dit que c’était pas grave. Ma mère l’a moins bien pris même si elle a fait semblant de bien le prendre. Elle ne savait pas comment le prendre, en fait. Maintenant, ils le vivent super bien, ils sont militants, ils vont à la gay pride, ma mère me donne des capotes… »
Romain n’a jamais eu affaire à une véritable hostilité : « Aujourd’hui, la société, elle l’accepte mais faut pas que ça se voie trop, que ça dérange trop. Je pense que les gens sont ouverts, qu’ils évoluent un peu mais en même temps, pour eux, ça reste pas normal. Ça ne les dérange pas quand ça touche leurs amis, mais si ça touche leurs enfants, ils ne sont pas trop pour et il ne faut pas que nous les homos on est les mêmes droits que les hétéros. Parfois je lis sur Internet que si on donne le droit de se marier aux homosexuels, bientôt, il faudra le donner aux zoophiles… Il y a quand même une différence. »
« Derrière l’homosexualité, il y a surtout la sexualité. Les gens, en fait, ils se demandent si je me fais prendre les fesses, mais ça, c’est ma vie privée. L’autre fois, on a compté avec mon ex : on faisait l’amour tous les jours, la pénétration, c’était une fois par semaine. Notre sexualité, elle est beaucoup plus calme, plus tendre que la sexualité des hétéros. J’ai donné ma virginité à 18 ans. Je me suis mis à la place d’une femme. Et c’est là où je me suis dit que donner ça à un homme, c’est super dur. Un hétéro est plus égoïste, il pense plus à son plaisir. Le monde est hyper hétéro-centriste. Nous, on s’intéresse à l’autre. On doit plus combattre mais nous avons plus d’ouverture d’esprit. Cette différence est un plus au final. »
Romain veut se marier et c’est pour lui une injustice insupportable que ce droit ne soit pas encore accordé aux couples gays. « Nos politiques manquent de couilles. Le gouvernement ne légalise pas le mariage, ne modernise pas le PACS alors qu’il était soi disant pro-homos. J’ai aussi envie d’avoir des enfants parce que j’ai envie de construire une vie de famille, d’aller chercher mon gosse à l’école, l’éduquer… Ce ne sera pas forcément le fruit de mon sang parce que je n’ai pas envie de faire l’amour avec une femme, je n’ai pas envie de faire de la procréation assistée non plus. Moi, j’ai envie d’adopter. »
Sophie et Romain veulent avoir des enfants. Tous deux réfutent l’objection qu’on leur fait quelque fois, selon laquelle leurs enfants seront homosexuels. Sophie et Romain aiment à rappeler qu’ils sont issus de couples hétérosexuels et qu’en conséquence, cette théorie ne tient pas la route.
Ils affirment qu’un désir d’enfant chez un homosexuel est plus profond que chez un couple hétéro lambda. Romain témoigne : « Avoir un enfant, les homos, ils ne le prennent pas à la légère comme certains hétéros. Moi, durant toute mon adolescence, je n’ai jamais fait une fellation sans utiliser un préservatif. Et ça, les hétéros, ils ne le font pas. Et après on nous fait la leçon comme quoi on va avoir le SIDA. »
Sophie, elle, insiste sur le fait qu’elle n’est pas stérile mais lesbienne et que ce n’est toujours pas bien vu à l’heure actuelle de vouloir un enfant quand une est femme homosexuelle. « Les mères lesbiennes ont des enfants plus équilibrés que bien des couples hétéros. La Belgique, l’Espagne et les pays scandinaves sont plus souples en la matière. En France, on évolue un peu. »
Par Stéphanie Varet
via » Bondy Blog







Elodie
J’aime cet article, c’est bon de savoir qu’on est pas seule…
Anaïs FONTAINE
Je n’ai pas l’habitude de poster des commentaires sur les blogs que je lis mais j’apprecie cet article.
lea
et bèèè moi pas !!!
Bastt
Super article. Témoignages sincères et touchants.